L'oeuvre du mois

Jacopo Amigoni (1680-1752), Le Sacrifice d’Iphigénie, vers 1740, huile sur toile, collection musée des beaux-arts de Brest

Jacopo Amigoni (1680-1752), Le Sacrifice d’Iphigénie, vers 1740, huile sur toile, collection musée des beaux-arts de Brest.

Dans une théâtralisation choisie, dans laquelle les blancs soutiennent l’instant précis où Diane dans les cieux retient le couteau du prêtre qui s'apprête à sacrifier Iphigénie, Jacopo Amigoni fait montre d’une double culture. À la tradition mythologique, il accorde des figures aux formes nettement délimitées et des costumes à l’Antique. Aux coutumes religieuses, il concède les expressions d’accablement familières des crucifixions, qui affectent les parents de la sacrifiée, Agamemnon et Clytemnestre, à droite.

Par sa touche vaporeuse, l'usage des tons rosés, bleus ciel et jaunes clairs, l'aspect de porcelaine des chairs de la sacrifiée, cette œuvre désigne le style personnel par lequel le peintre se fera le propagateur du rococo en Europe. Artiste de renommée internationale et négociant prospère, Amigoni entra au service du roi d'Espagne en 1747 sur recommandation du chanteur Farinelli.

 

L’épisode du sacrifice d'Iphigénie, raconté par Ovide dans les Métamorphoses et par Euripide dans Iphigénie à Aulis constitue le prélude à la guerre de Troie. Après avoir tué un cerf sacré de Diane, la déesse de la chasse, Agamemnon, roi de Mycènes, est condamné par le devin Calchas à le laisser sacrifier sa fille Iphigénie sur l'autel (à gauche de la composition). Diane eut pitié d’elle et lui substitua un cerf. L'épisode constitue une intrigue à la mode au XVIIIe siècle, prodiguant comme ici une nudité d'innocence, et qui vaudra au peintre d’exécuter plusieurs fois ce sujet.

 

L’œuvre est actuellement présentée dans l’exposition Les maîtres italiens du musée de Brest.